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	<title>Billet d&#039;humeur - VAM</title>
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	<title>Billet d&#039;humeur - VAM</title>
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		<title>Fauve</title>
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		<dc:creator><![CDATA[VAM]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Mar 2021 12:46:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billet d'humeur]]></category>
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					<description><![CDATA[Dans cent ans, je serai sage. Ma toison rousse aura les reflets de la neige. Voici déjà bien des lunes que chaque nuit je te rejoins. Je sais que tu me guettes. Mes bras t’enlacent pour quelques heures de volupté. Chaque nuit je te prends et je me donne à toi jusqu'au point du jour, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans cent ans, je serai sage. Ma toison rousse aura les reflets de la neige.</p>
<p>Voici déjà bien des lunes que chaque nuit je te rejoins. Je sais que tu me guettes. Mes bras t’enlacent pour quelques heures de volupté. Chaque nuit je te prends et je me donne à toi jusqu'au point du jour, libre et souveraine. Chaque soupir nourrit notre légende.</p>
<p>Ensuite, j’embrasse doucement tous nos enfants avant qu’ils ne s’éveillent et je m’évanouis dans l’herbe fraîche et la liqueur de l’aube.</p>
<p>Tout le jour, je cabriole, je cours dans les bois, je chasse et j’accomplis mille tâches minuscules avec tout le sérieux du monde. Puis je dors le nez contre les scarabées, j’observe le lent ballet des araignées. J’égrène le temps dans la paume verte de la forêt.</p>
<p>Parfois une rencontre. Un jeune hère s’élance, petits bois de velours droit devant. Nos regards se sont accrochés, sa prunelle noire m’interroge. Seconde suspendue dans le frémissement feuillu. Déjà, il bondit et contourne mon antre.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Je croque des oiseaux, je vole des mûres et je joue des tours à ceux qui s’aventurent un peu trop loin dans la futaie. Le jus perle en gouttes rouges. Goût de métal sur la langue. Éclat de silex. Et la canopée s’embrase, dans une folle illusion de puissance. La sève bat dans mes tempes.</p>
<p>Dans cent ans, il sera encore bien temps, de gambader dans les fougères, de badiner comme des enfants. Je reprendrai mon corps de femme une dernière fois. Je te mordrai à la nuque, tendrement, pour rire. Puis je sauterai à pieds joints dans l’étang. <span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le matin froid fera monter la brume dans les premiers rais de soleil. L’eau laissera tinter ses écus.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Et dans mes yeux grands ouverts passeront les âmes de tous les disparus... Disparus il y a un instant, une heure ou une éternité. Je ne sais plus. Je les ai tous aimés avec passion. Ils me reviennent comme autant d’âmes sœurs, traversant les siècles. <span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Par la trouée, je vois les dieux capricieux qui soufflent leur vengeance dans mon petit crâne d’ivoire. Mais dans cet espace infinitésimal, cette fracture du temps où les territoires s’effacent, tout l’univers se concentre et abolit nos peurs.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>VAM</p>
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		<title>Le baiser du diable</title>
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		<dc:creator><![CDATA[VAM]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jun 2020 09:33:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billet d'humeur]]></category>
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					<description><![CDATA[Au détour d’une épidémie, embrasser ceux que l’on aime devient soudain prohibé, et même potentiellement dangereux. Peur de contaminer, peur d’être contaminé. Le nouveau mot d’ordre étant la prudence en toutes circonstances, il faut bannir les effusions et autres comportements « à risque » ! Allons-nous entrer durablement dans un monde de défiance ? Un monde aseptisé, sécurisé, réglementé, contrôlé, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Au détour d’une épidémie, embrasser ceux que l’on aime devient soudain prohibé, et même potentiellement dangereux. Peur de contaminer, peur d’être contaminé. Le nouveau mot d’ordre étant la prudence en toutes circonstances, il faut bannir les effusions et autres comportements « à risque » ! Allons-nous entrer durablement dans un monde de défiance ? Un monde aseptisé, sécurisé, réglementé, contrôlé, désincarné...</p>
<p>Dans ce nouveau monde à peine moins étrange que les dystopies de nos séries favorites, nous devons désormais garder nos distances, ne pas nous toucher, nous asperger de gel hydroalcoolique, parler au travers de parois de plexiglass, porter ce masque qui efface les sourires et empêche de déguster la bouche aimée... Oui, oser un baiser prend des allures diaboliques.</p>
<p>Ne restent que les yeux pour se dévorer, car nous voici obligés d’appliquer à la lettre la petite injonction de notre enfance : « on touche avec les yeux » ! Alors on rêve les étreintes. On se languit, devenant tous un peu Princesse de Clèves malgré nous, prolongeant peut-être la magie du désir par une éternelle attente.</p>
<p>On rêve de baisers volés, de baisers légers comme des plumes, de baisers pointus et espiègles, de baisers gourmands, intrigants, insolents, de baisers cambrioleurs, de baisers qui mordent et nous plongent dans les délices d’un enfer sublime.</p>
<p>Aujourd’hui, plus que jamais après un confinement difficile qui laisse des traces, des milliers de femmes convoquent de toute leur âme le baiser amoureux, autant qu’elles brûlent d’échapper au baiser de Judas. Le baiser lâche, le baiser de fausse tendresse, le baiser qui s’impose et laisse un goût amer, qu’on tente d’effacer du revers de la main, le baiser que l’on redoute, qui prend sans demander, le baiser qui appuie sur la nuque, qui écrase et soumet... Voilà bien le baiser du diable.</p>
<p>Tous les autres baisers, même les plus inconsidérés, les plus extravagants, les plus illicites, et même les plus virulents, ne sont que poèmes de nos lèvres.</p>
<p>Nos corps et nos cœurs s’impatientent. Il nous tarde de sortir de ce mauvais rêve, de retrouver les amours, les amis, et de célébrer la vie !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>VAM</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La raison du plus faible</title>
		<link>https://www.vam-artist.com/2019/11/28/la-raison-du-plus-faible/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[VAM]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Nov 2019 10:45:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billet d'humeur]]></category>
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					<description><![CDATA[J’aime les hommes quand ils sont fatigués, quand ils baissent la garde et ferment les yeux dans la coupe de mes mains. J’aime les corps rompus, les corps repus, le geste un peu alourdi de l’abandon. Partout l’on applaudit les vainqueurs, les conquérants, et je ne vois que le masque de notre petitesse. On salue [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>J’aime les hommes quand ils sont fatigués, quand ils baissent la garde et ferment les yeux dans la coupe de mes mains. J’aime les corps rompus, les corps repus, le geste un peu alourdi de l’abandon.</p>
<p>Partout l’on applaudit les vainqueurs, les conquérants, et je ne vois que le masque de notre petitesse. On salue le courage même lorsqu’il est arrogant, on admire l’audace même lorsqu’elle est orgueil. L’honneur n’est pas dans l’écrasante victoire. La bravoure n’est pas toujours héroïque. La faiblesse n’est pas veulerie ni lâcheté.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>L’aveu parfois de la blessure, des plaies mal refermées, des doutes jusqu’au vertige, fait jaillir notre fragile humanité comme la poussière fait danser le rayon de lumière.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Vois, je suis nue, agenouillée, bras ouverts, les mains vides et le sein offert. Ma prière n’a pas de Dieu. Inoffensive et sans colère, je n’ai pas appris le combat.</p>
<p>Tu ne peux rien contre moi car j’ai déjà tout. Tu n’as rien à me donner en échange, je n’ai rien à t’offrir en retour. Que l’espace clair entre mes bras.</p>
<p>Vous ne pouvez rien contre moi. Vous aurez beau me lapider, m’écorcher, me brûler, mon âme pleine est sans limites. Elle vogue par delà votre raison. Mes sortilèges ne sont que chansons.</p>
<p>Vois, je tangue, légère. Je vacille, à peine.<br />
Je suis le roseau fin qui s’abandonne au vent. Je me couche à terre quand le temps se fait gros, quand le grain se fait tempête. Et la grêle de tes pas s’éloigne déjà. La pluie m’efface et je luis dans la neige. Mon corps ploie sous ton bras vengeur. Mais tu ne peux rien briser en moi, toujours, je me relève. J’ai le cœur bien vaillant, bien puissant, et sans rêves.</p>
<p>Ma tête, toujours, se redresse et pourtant, je suis faible entre les faibles.<span class="Apple-converted-space"><br />
</span>Ma faiblesse est mon grand pouvoir.<br />
Mon cœur élastique grandit chaque fois et devient monde.</p>
<p>La force attise la haine. La puissance ne protège pas des chagrins.<br />
Et que faire d’un guerrier qui ne saurait poser les armes.<span class="Apple-converted-space"><br />
</span>Si tu puises une vigueur nouvelle à mes baisers d’amante, je te laisserai courir mille vies et mille nuits, ta joue contre ma hanche.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>VAM</p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Mon doux vaudou</title>
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		<dc:creator><![CDATA[VAM]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 May 2019 15:37:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billet d'humeur]]></category>
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					<description><![CDATA[Parfois je danse, seule, pieds nus sur le parquet. Quelques pas. Pour rien. Parfois j’aimerais danser follement jusqu’à la nuit. Je pense aux rites anciens où tous se réunissaient pour danser autour du feu. Des danses tristes, gaies ou mystiques selon les occasions. Et je me demande comment la magie de ces rituels primitifs pour [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Parfois je danse, seule, pieds nus sur le parquet. Quelques pas. Pour rien. Parfois j’aimerais danser follement jusqu’à la nuit.</p>
<p>Je pense aux rites anciens où tous se réunissaient pour danser autour du feu. Des danses tristes, gaies ou mystiques selon les occasions. Et je me demande comment la magie de ces rituels primitifs pour invoquer l’amour, la fertilité, les morts ou les esprits bienfaisants pourrait se traduire dans notre société actuelle ?</p>
<h4>La danse du ventre</h4>
<p>Les rituels ont pris des formes plus prosaïques, ils ont le plus souvent perdu leur dimension spirituelle. Bien sûr, on danse dans les soirées, les mariages ou les clubs sur des rythmes hypnotiques, on boit de l’alcool et on use éventuellement de substances illicites pour entrer en transe… tout comme à la préhistoire ! (les récentes <a href="https://www.maxisciences.com/prehistoire/les-hommes-prehistoriques-consommaient-deja-alcool-et-drogues_art32590.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer">découvertes</a> des archéologues nous rappellent combien nous avons toujours cherché l’exaltation des sens). Mais quelles divinités invoque-t-on là ? Peut-on encore parler de communion, d’aspiration à une conscience supérieure ou bien de la simple volonté de s’extraire un instant du quotidien ?</p>
<p>Je vois toutes ces femmes qui s’activent sans fin chaque jour, reproduisant inlassablement les gestes codifiés d’un cérémonial immuable. Se maquiller, prendre sa pilule, s’occuper des enfants, aller travailler, remplir le caddie, faire la lessive, préparer le repas… Des rituels d’aujourd’hui, menés le plus souvent dans une course folle, avec un talent d’équilibriste, mais des rituels qui sont bien éloignés des pratiques ancestrales qui honoraient les Vénus toutes puissantes. Et pourtant, les femmes n’ont rien perdu de leur nature profonde et sacrée – celle que je mets en scène dans le triptyque « Ritual » qui évoque des célébrations chamaniques contemporaines – mais la communauté ne leur laisse guère la possibilité de l’exprimer.</p>
<p>Le quotidien des femmes qui nous entourent ressemble davantage à une contorsion qu’à une danse ! Si le concept de « charge mentale » a récemment refait surface, à juste titre, c’est que l’organisation des familles reste en effet très inégalitaire. Même lorsque chacun fait sa part, la responsabilité de cette organisation reste très majoritairement dévolue aux femmes quand leurs conjoints s’en tiennent au rôle d’exécutant, des conjoints qui aident volontiers et de plus en plus, mais qui sont moins à l’initiative, et ne déchargent donc pas leur compagne de ce rôle établi de « responsable domestique » si lourd à porter (Connaissez-vous la petite BD de l’illustratrice Emma, <a href="https://emmaclit.com/2017/05/09/repartition-des-taches-hommes-femmes/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Fallait demander</i></a> ? Très didactique sur le sujet).</p>
<p>Combien de temps devrons-nous encore faire la danse du ventre pour que la société daigne enfin rééquilibrer les tâches et les responsabilités sans que quiconque ne puisse se sentir lésé, exploité ou castré ?</p>
<h4>Le chant de la vie</h4>
<p>Pour réconcilier durablement le yin et le yang qui luttent en chacun de nous, il faudrait peut-être réinventer des cultes cosmiques qui nous élèveraient ensemble dans une bienveillante complétude.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Je pense inévitablement à la Loba qui « chante au dessus des os » (lire l’incontournable <a href="https://www.livredepoche.com/livre/femmes-qui-courent-avec-les-loups-9782253147855" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Femmes qui courent avec les loups</em></a> de Clara Pinkola-Estés). Les mythes regorgent de représentations symboliques d’un pouvoir originel que l’on se transmet, de femme à femme, de mère à fille, tout au long des générations.</p>
<p>Mais je n’ai pas connu mes grands-mères, je n’ai plus de lien avec ma mère, que vais-je transmettre à ma fille ? J’en appelle alors à toutes les figures maternelles de l’histoire humaine qui coule en moi comme dans chaque être, le grand savoir universel des femmes qui me donne la force de chanter au dessus des os pour redevenir une et unique, libre et courant avec les loups. Et dans cette ellipse du temps, j’imagine des chorégraphies ensorcelantes où je partirais avec mes compagnes quérir mon âme sauvage.</p>
<p>Car dans l’agitation de notre existence jaillit encore une connexion instinctive au monde, la puissance d’un féminin sacré qui aime, pleure, chante et danse la vie avec la grâce et la sagesse d’une vieille femme qui a connu tous les bonheurs et tous les malheurs depuis des millénaires.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>VAM</p>
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		<title>Loup y es-tu ?</title>
		<link>https://www.vam-artist.com/2019/04/16/loup-y-es-tu/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[VAM]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Apr 2019 15:13:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billet d'humeur]]></category>
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					<description><![CDATA[Enfant, nous allions chaque semaine marcher en famille dans la forêt. La promenade dominicale dans les bois me renvoie tour à tour aux plaisirs innocents des cabanes, des cache-cache et des bouquets de jonquilles, tout comme aux longs jours maussades, avec leurs flaques d’eau grise et leurs mornes rancœurs. Prendre l’air s’avère parfois irrespirable…  L’appel [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Enfant, nous allions chaque semaine marcher en famille dans la forêt. La promenade dominicale dans les bois me renvoie tour à tour aux plaisirs innocents des cabanes, des cache-cache et des bouquets de jonquilles, tout comme aux longs jours maussades, avec leurs flaques d’eau grise et leurs mornes rancœurs. Prendre l’air s’avère parfois irrespirable…<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>L’appel de la forêt me semble toujours plus trouble qu’il n’y paraît. Il m’évoque aussi bien l’escapade innocente ou le voyage initiatique que la fuite sans retour. L’instant courageux où l’on avance vers l’inconnu est aussi le moment fragile où tout peut basculer.</p>
<h4>Promenons-nous dans les bois…</h4>
<p>Depuis notre plus jeune âge, on nous raconte des histoires d’ogres, de loups et de sorcières cachés au fond des bois. Dans les cours de récréation, les enfants jouent à se faire peur... Délicieux frisson de ces contes effrayants où chacun sait que tout finira bien.</p>
<p>Des années plus tard restera confusément en nous la forêt du Petit Poucet, mais qui veut perdre qui ? La forêt du Petit Chaperon rouge, mais qui veut manger qui ? La forêt de Blanche Neige, mais qui veut évincer qui ? Rien ne semble plus si évident.</p>
<p>Vous arrive-t-il encore dans vos rêves de vous perdre dans une forêt sombre où les arbres vous agrippent et les buissons vous écorchent ? Ce ne serait peut-être pas si ridicule. Je l'ai compris à la fin de mes études en lisant un ouvrage de Bruno Bettelheim qui faisait référence : « La forêt pratiquement impénétrable où nous nous perdons symbolise le monde obscur, caché, de notre inconscient » (« <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychanalyse_des_contes_de_fées" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Psychanalyse des contes de fées</a> », Ed. Robert Laffont 1976). C’est le repaire de notre âme sauvage, métaphore de nos mauvaises pensées, de nos égarements, et des démons qu’il nous faut affronter pour retrouver la part de quiétude que la forêt nous offre une fois le jour revenu.<span class="Apple-converted-space"> Le sujet est devenu au fil du temps un de mes thèmes fétiches.</span></p>
<h4>Dans la forêt lointaine…</h4>
<p>S’aventurer dans la forêt obscure, c’est braver l’interdit, oser traverser les eaux troubles. C’est parfois rompre ses chaînes, quitter l’indicible, défaire ses liens pour sauver sa peau. Fuir l’homme qui vous obsède ou qui vous opprime, fuir ceux qui vous aiment mal, qui vous tiennent prisonnière, tous ceux qui vous éloignent de vous-même… Le danger peut prendre tant de visages, et des plus familiers…</p>
<p>Accepter de s’égarer dans la forêt lorsqu’il faut partir, sans joie mais sans regrets, c’est se soustraire dans un souffle, prendre une longue inspiration et plonger au cœur de l’effroi sur la voie de la liberté. S’extraire des griffes, alors que l’horizon se dérobe, que des chimères tentent de vous retenir et que l’estomac vous manque.</p>
<p>Faire face et se frayer un chemin avec juste assez d’inconscience et de curiosité pour partir à la rencontre de soi. Se perdre pour se retrouver. Ce serait une jolie pirouette pour clore un conte trop inquiétant.</p>
<h4>Nous n’irons plus au bois…</h4>
<p>Si vous ne connaissez pas le sens caché de cette vieille comptine, je vous invite à sourire en le découvrant <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nous_n%27irons_plus_au_bois" target="_blank" rel="noopener noreferrer">ici</a>. Nombreux sont les refrains désuets qui dissimulent des intentions bien moins innocentes qu’elles n’en ont l’air. Car la forêt évoque aussi tous les charmes de l’aventure amoureuse. Cette forêt qui effraie et enchante tout à la fois nous parle de désirs coupables et de buissons, quand la douceur des beaux jours invite à la promenade !</p>
<p>Pénétrer à la nuit tombée dans le sous-bois épais, c’est se laisser étourdir par les parfums de terre lourde et de baies sucrées. La forêt encore tiède donne des ivresses de premier soir… C’est la morsure-caresse du feuillage sur la peau nue, le velours dévorant d’un noir aux éclats métalliques. C’est succomber peut-être à la tentation, rejoindre l’autre dans un élan primal. C’est un sexe qui palpite comme le cœur dans la gorge, le fruit mûr d’un amour en cage, un désir fou qui submerge, entraîne plus avant dans les bois, pulvérise la raison et les appétits trop sages.</p>
<p>Vagabonder dans la forêt, c’est un murmure qui glisse le long des reins, frisson de nuit vers des lendemains incertains.<br />
Que reste-t-il quand point le jour ? Qui part ? Qui revient ?</p>
<p>Cette série est dédiée à toutes les femmes – et tous les hommes – qui ont connu ou rêvé la « Fugue »…</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>VAM</p>
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		<title>La société Mère</title>
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		<dc:creator><![CDATA[VAM]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Jan 2019 14:46:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billet d'humeur]]></category>
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					<description><![CDATA[En décembre dernier, j’étais invitée à participer à l’exposition du photographe Xavier Gavaud, « Paysages de l’infertile ». C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai ainsi pu à nouveau présenter quelques œuvres de ma série « Motherhood? » dont j’avais commencé la création en début d’année. Je suis également intervenue lors du cycle de conférences-débats, ce qui m’a donné [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En décembre dernier, j’étais invitée à participer à l’exposition du photographe Xavier Gavaud, <a href="http://www.xaviergavaud.fr/photographies/paysage-infertile.html" target="_blank" rel="noopener">« Paysages de l’infertile »</a>. C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai ainsi pu à nouveau présenter quelques œuvres de ma série « Motherhood? » dont j’avais commencé la création en début d’année. Je suis également intervenue lors du cycle de conférences-débats, ce qui m’a donné l’occasion de me replonger dans ce thème passionnant de notre lien à la maternité.</p>
<p>Evoquer la douleur de ne pouvoir « donner la vie », selon cette expression au combien lourde à assumer, ne pouvait pour moi que résonner avec la difficulté de ne pas <em>vouloir </em>donner la vie, tout autant que la difficulté de la donner tout court !</p>
<h4>Le grand cycle de l’univers</h4>
<p>Depuis les origines, devenir mère est la règle évidente de la perpétuation de l’espèce. Nous sommes génétiquement programmé(e)s pour nous reproduire, priorité inconsciente de notre cerveau reptilien. Des millions de femmes rejoignent ainsi chaque année le grand cycle de l’univers avec naturel et bonheur.</p>
<p>Mon interrogation se porte sur toutes celles qui ne ressentent pas cette évidence. Une fois encore, c’est bien l’ambivalence de nos sentiments qui me questionne et a inspiré ce travail, mêlant sculpture et photographie : « Motherhood? »… (Tout est dans le point d’interrogation !). Les sculptures, d’inspiration végétales et/ou animales, mettent en scène la nidification, le jaillissement, aussi bien que la perte ou la dévoration. Une coque vide ou pleine… Des sensations imprécises parce que contradictoires.</p>
<p>Parfois, Mère Nature faillit et nous donne un corps qui ne peut pas enfanter, ou bien un esprit rebelle qui se sent mal à l’aise avec l’idée de porter un autre en soi. Quand tant de femmes ressentent la plénitude de la maternité, d’autres sont en proie à un rejet viscéral. Alors, le grand cycle de l’univers vacille…</p>
<h4>Etre mère ou se taire</h4>
<p>Ce serait plutôt simple d’écouter son cœur et son corps, si le regard de la société ne venait altérer notre perception et nous laisser entendre que la maternité est la seule vraie voie de la complétude.</p>
<p>La maternité donne effectivement accès à un monde où les femmes ont un pouvoir absolu. Même si le rôle des pères a bien évolué, la sphère de la famille reste essentiellement dévolue à la mère et c’est à elles que reviennent responsabilités et décisions. C’est peut-être le seul domaine où l’on ne remet pas en question les connaissances et les compétences de ces femmes (c’est aussi très pratique de les maintenir dans cette sphère domestique pour les éloigner du domaine public !). C’est sans doute aussi pour cela que beaucoup de femmes restent très attachées à ce rôle de mère et, bien que se plaignant souvent de n’être pas assez aidées, laissent finalement peu de latitude aux hommes.</p>
<p>(Je parle ici de situation globale, statistique, au niveau national et international. Nous connaissons tous des mamans et des papas formidables qui forment des couples égalitaires et des super-teams parentales, c’est entendu !)</p>
<p>Celles qui ne deviennent pas mères sont, par défaut, supposées ne pas pouvoir enfanter, tant il semble inimaginable que ce soit un choix. On les plaint, et c’est bien sûr une immense souffrance que de ne pas avoir d’enfant lorsqu’on le souhaite profondément.</p>
<p>Celles qui l’ont décidé, quelles qu’en soient les raisons, sont généralement incomprises, voire méprisées, soupçonnées d’égoïsme ou d’immaturité dans le meilleur des cas. Les mots sont souvent violents, le jugement et la pression sociale quasi-permanents.</p>
<p>Ne pas vouloir suivre le chemin tout tracé de la maternité est sans doute la rébellion la plus absolue !</p>
<h4>Fin de la retransmission</h4>
<p>Si je considère la place de la femme dans l’histoire familiale, tout comme dans l’histoire du monde, il me semble qu’elle ne peut échapper à la question de la maternité qui reste un pacte sociétal premier. Que devient le monde si nous ne perpétuons plus l’espèce ?!</p>
<p>Déjà, depuis les années 70, la contraception, la légalisation de l’avortement, apportent une profonde modification au statut des femmes : le droit de disposer de son corps, jusqu’à refuser de jouer le rôle attendu de mère, c’est déjà une révolution en soit.</p>
<p>Ne pas devenir parent, c’est bien souvent aux yeux du monde ne jamais devenir vraiment adulte, rester éternellement l’enfant de ses parents.</p>
<p>Pourtant, même avec des enfants, on peut ne pas être mère. L’attachement n’est pas toujours immédiat et, parfois, ne se fait tout simplement pas ou terriblement mal. Dans <a href="https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/l-amour-en-plus" target="_blank" rel="noopener">« L’amour en plus »</a>,  Elisabeth Badinter analyse, au travers des époques, l’amour maternel, supposé « instinctif », qu’elle explique être finalement largement conditionné par les comportements sociaux qui ont jalonné notre société. N’oublions pas que pendant bien longtemps, les bébés étais mis en nourrice dès la naissance et pour plusieurs années (on ne s’attachait pas à un enfant avant qu’il ait de bonnes chances de survie !). Alors cessons un peu de glorifier ce fameux instinct maternel qui n’est pas si universel.</p>
<p>Pour les femmes qui assument d’en être dépourvue, choisir de ne pas avoir d’enfant implique de rompre le lien familial (ne pas perpétuer la lignée, ne pas transmettre le nom, l’héritage…) et de se mettre en opposition brutale avec un entourage qui peine à comprendre.</p>
<p>C’est oublier qu’il peut être très légitime de ne pas vouloir transmettre. Transmettre peut être un cadeau merveilleux ou un épouvantable fardeau. Parce que certains parents, certaines familles sont épouvantables. Il est parfois bien plus sain et raisonnable d’y renoncer. Au vu du poids de l’histoire intergénérationnelle, on peut parfaitement expliquer l’envie de rompre la chaîne. C’est presque une responsabilité morale de ne pas faire porter ce poids à un enfant.</p>
<h4>Le divin enfant ?</h4>
<p>Explorer toutes les facettes du sujet, en tentant de déjouer les préjugés, ne saurait être traité en un seul billet ! Je reviendrai inévitablement sur certains aspects qui me sont chers dans de prochains articles.</p>
<p>A l’instar de la période de la Nativité et des Rois qui s’achève, d’innombrables familles se réuniront encore autour de l’enfant nouveau-né dans le bonheur de faire rayonner notre humanité. Certaines mères auront le cœur serré devant l’immense responsabilité qui leur incombe désormais, pendant que d’autres les regarderont de loin, sans envie et sans regrets. D’autres encore pleureront au-dessus d’un berceau vide…</p>
<p>Quels que soient vos choix ou votre histoire, soyez fières de tout ce que vous accomplissez au quotidien. Vous êtes des millions à œuvrer à votre façon, que ce soit pour un enfant, une famille, des amis, des collègues, des inconnus, des associations… N’écoutez rien de ce que l’on vous impose. Il y a mille manières de donner la vie.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>VAM</p>
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		<title>Une vie dissolue</title>
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		<dc:creator><![CDATA[VAM]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Nov 2018 10:38:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billet d'humeur]]></category>
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					<description><![CDATA[Voici quelques semaines, une de nos amies nous quittait après des mois de combat contre la maladie. Elle laissait une famille en pleurs, bien que soulagée de ne plus la voir souffrir… Entrer dans sa maison devint soudain douloureux, chaque objet témoignant à la fois de sa présence et de son absence. Jamais je n’avais [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Voici quelques semaines, une de nos amies nous quittait après des mois de combat contre la maladie. Elle laissait une famille en pleurs, bien que soulagée de ne plus la voir souffrir…</p>
<p>Entrer dans sa maison devint soudain douloureux, chaque objet témoignant à la fois de sa présence et de son absence. Jamais je n’avais pensé éprouver un jour, de façon aussi tragique et littérale, la série que j’avais composée il y a quelques années, « Une Femme disparaît ».<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<h4>Petite fugue en vie mineure<span class="Apple-converted-space"> </span></h4>
<p>Pourtant, en 2015, lorsque je m’étais livrée au jeu photographique de la pose longue, dans le clair-obscur très scénographié d’un décor bourgeois, j’avais plutôt en tête une allégorie de la « disparition » au quotidien, le sentiment flou que nous ne sommes pas toujours incarnés, que dans certaines situations ou moments de vie, nous ne sommes plus vraiment présents.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Je ne parle pas de ces petits moments d’absence où nos pensées s’échappent et où nous revenons dans un « qu’est-ce que je disais ? ». Je pense à cet état de présence physique, mécanique, soumise au rythme d’une vie si remplie qu’elle en devient vide. La disparition opère peu à peu, quand tout devient sans surprise et que le sens des choses échappe, quand l’autre ne vous voit plus, quand l’envie d’ailleurs est si forte qu’elle nous soustrait à notre réalité ou quand certains souvenirs sont si prégnants que notre fantôme traîne encore dans d’autres lieux de mémoire.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<h4>Ravissement<span class="Apple-converted-space"> </span></h4>
<p>Je pense aussi à toutes celles qui mènent une existence trop paisible où rien ne bruisse. Combien de femmes élevées pour acquiescer, sourire, servir… ? Combien de femmes enfermées dans une vie rangée, calme et effacée, parce qu’on ne leur a pas appris la liberté, le combat, le désir ? Parce qu’on leur a répété trop souvent « sois sage », « ne fais pas de bruit », « ne réponds pas quand je te parle », « baisse les yeux », « obéis »…</p>
<p>Toute une vie domestiquée. Une cage dorée pour les tenir tranquilles... même porte ouverte. Nul besoin d’un tyran pour rester enfermée. La société, l’éducation, l’entourage ont construit un à un les barreaux de cette cage. Mais pour peu qu'un prédateur s'invite dans le fragile château de cartes de ces femmes trop bien (mal) élevées, la quiétude bascule sans bruit dans la souffrance ordinaire, la manipulation insidieuse, la banalité de l'humiliation quotidienne.</p>
<p>C'est toute une existence qui s'éteint bientôt au creux des bras de ce ravisseur.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<h4>Hommage aux ectoplasmes<span class="Apple-converted-space"> </span></h4>
<p>Pour quelques âmes éclatantes qui savent briller en société, pour quelques chanceux qui ne doutent pas, bien plantés sur terre et sûrs de leurs choix, tant de femmes et d'hommes qui se taisent et fuient l'inavouable platitude de leur destin, qui désertent leur salon comme ils désertent leur cœur...</p>
<p>Des vies qui se dissolvent dans l'ennui, l'immuable, l'immobile, et m'inspirent une infinie tendresse.<span class="Apple-converted-space"> </span>Il n’est pas de bon ton de le dire dans une mouvance positiviste où la culture de la réussite et du bien-être à tout prix fait rage. Peu m’importe.</p>
<p>A tous ces fantômes de jour dont les corps s'évanouissent au gré de pensées plus dissipées que leurs actes, je voudrais rendre hommage en capturant leurs errances.<span class="Apple-converted-space"> </span>Garder trace de leur passage, de leurs émotions, de leurs rêves et de leurs caresses perdues, reste pour moi le plus grand des défis.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>VAM</p>
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		<title>Regardez-moi dans les yeux</title>
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		<dc:creator><![CDATA[VAM]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Oct 2018 16:08:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Billet d'humeur]]></category>
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					<description><![CDATA[Certains d’entre vous se souviennent sans doute de cette campagne de publicité, dans les années 90, pour les soutien-gorges de la marque Wonderbra. Une jeune femme sublime au décolleté vertigineux interpellait le lecteur d’un espiègle « Regardez-moi dans les yeux… j’ai dit les yeux ». Si je salue la prouesse marketing de cette campagne, vous vous doutez [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Certains d’entre vous se souviennent sans doute de cette campagne de publicité, dans les années 90, pour les soutien-gorges de la marque Wonderbra. Une jeune femme sublime au décolleté vertigineux interpellait le lecteur d’un espiègle « Regardez-moi dans les yeux… j’ai dit les yeux ».</p>
<p>Si je salue la prouesse marketing de cette campagne, vous vous doutez bien que j’en apprécie moins le fond. Cette publicité m’a toujours mise mal à l’aise parce que, justement, il est bien difficile pour une femme d’être regardée dans les yeux.</p>
<p>Je suis sûre que vous êtes nombreuses, comme moi, à avoir senti dès l’adolescence peser ce regard sur votre buste (même avec un col roulé !). Lorsqu’une femme rencontre un homme, quelque soit le contexte – travail, loisirs, et espace public au sens large – c’est comme si on ne pouvait s’extraire d’un rapport masculin-féminin, comme s’il était impossible de parler d’être humain à être humain. Difficile d’échapper ne serait-ce qu’à ces quelques secondes où l’on vous jauge, où l’on estime votre tour de poitrine, votre degré d’attraction. Même très discret, ce regard peut peser lourd.</p>
<p>Pour être tout à fait claire, je ne parle bien évidemment pas des moments où le jeu de séduction est partagé, et quand surprendre un œil qui s’égare peut être des plus agréables, mais bien des 99 % restant de notre vie sociale.</p>
<h4>Primate primaire / primate diplomate</h4>
<p>Naturellement, nous sommes programmés génétiquement pour perpétuer l’espèce. Nancy Huston a d’ailleurs écrit un essai très à propos sur la question, <a href="https://www.actes-sud.fr/reflets-dans-un-oeil-dhomme-nancy-huston" target="_blank" rel="noopener">« Reflet dans un œil d’homme »</a> (Actes Sud), qui rappelle des mécanismes ancrés depuis la nuit des temps comme la recherche instinctive de la femelle ou du mâle au plus fort potentiel de reproduction. Regarder l’autre est donc un simple principe existentiel.</p>
<p>Ce qui est extraordinaire, c’est le paradoxe auquel on arrive aujourd’hui, notamment avec les avancées féministes versus la libération des mœurs. De tous temps, les femmes se sont faites belles pour être regardées par les hommes, et aujourd’hui plus que jamais, télévision, magazines et grandes enseignes de la mode et de la cosmétique nous y incitent en permanence. On peut prendre beaucoup de plaisir à se faire belle et à être regardée… mais beaucoup de culpabilité, de gêne voire de souffrance à se sentir réduite à un corps lorsque notre esprit cherche une reconnaissance égalitaire.</p>
<p>Cette contradiction reste probablement « gérable » tant que les relations sont respectueuses… tant que le primate est diplomate !<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<h4>Moi aussi</h4>
<p>Malheureusement, la situation a certes évolué, mais le respect et l’égalité ont encore beaucoup de chemin à parcourir. Il suffit de regarder le flot de témoignages qui a fait surface suite à des initiatives comme « Mee too » ou sa version française « Balance ton porc » (dont je trouve le nom détestable bien que j’en comprenne l’intention). Alors oui, ces sites tournent parfois au déballage peu glorieux et à des dérives que je ne cautionne pas, mais ils restent preuve et symbole d’un immense ras-le-bol des femmes à être méjugées, malmenées, maltraitées, depuis un regard déplacé jusqu’au harcèlement, en passant par les petites et grandes agressions de toutes sortes. Tout ceci n’a plus place dans une société civilisée.</p>
<p>Je vous encourage à regarder cet <a href="https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/10/31/petit-manuel-pour-lutter-contre-les-idees-simplistes-sur-le-harcelement_5208411_4355770.html" target="_blank" rel="noopener">article</a> sur Le Monde.fr, « Petit manuel pour lutter contre les idées simplistes sur le harcèlement sexuel », qui a le mérite de montrer à quel point les situations sont complexes et ne peuvent être balayées par des petites phrases anodines. Il montre aussi combien nous pouvons parfois ne pas être conscient de nos attitudes.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Récemment, un ami m’a confié que ce sont ces filles adolescentes qui lui ont renvoyé une image de voyeur… Jamais il n’avait pris conscience qu’il pouvait avoir un regard appuyé et gênant sur les femmes qu’il croisait, dans la rue ou ailleurs, et qu’il trouvait tout simplement belles. Jamais il n’avait imaginé qu’un mot qu’il pensait<span class="Apple-converted-space">  </span>flatteur pouvait être dérangeant.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>D’une façon générale, il me semble que les hommes ne soupçonnent pas à quel point nous devons composer dans de multiples situations : faire semblant de ne pas avoir entendu une remarque un peu limite, minimiser notre sourire pour ne pas encourager, neutraliser notre tenue pour ne pas éveiller l’attention… un exercice quotidien, que ce soit dans le métro, dans la rue ou au travail.</p>
<h4>Lâche ces allumettes !</h4>
<p>Peut-être suis-je plus sensible que d’autres à ce fameux regard gênant du fait même de mon travail d’artiste. On m’a souvent rétorqué que « je joue avec le feu » puisque mon œuvre utilise principalement le nu et biaise donc d’emblée la relation du regardant avec l’artiste.</p>
<p>Ce rapport est en effet au cœur de mes recherches. Avec la série des « Nus à la Fenêtre », j’ai clairement voulu questionner ce regard érotisé qui resurgit à tout instant.</p>
<p>Par un petit jeu de reflets à la prise de vue, les images sont volontairement peu lisibles. Impossible de deviner quoi que ce soit du modèle qui peut être belle comme laide, tout aussi bien joyeuse que triste, souriante que grimaçante (on ne sait même pas si elle est de face ou de dos !)… Or, par un mécanisme inconscient, les personnes que j’ai interrogées interprètent toutes la silhouette comme érotique… alors même que je pensais jouer avec le côté inquiétant de ces figures mutantes. J’ai donc encore fort à faire sur le sujet !</p>
<p>J’ai mis bien longtemps à laisser glisser ces regards sur moi sans y prêter trop d’attention. Sans doute ai-je gagné en confiance. Les situations restent pourtant nombreuses où j’aimerais qu’on me regarde juste dans les yeux, sans sous-entendu, sans équivoque, et qu’on m’écoute en tant que personne, pour ce que j’ai à dire, et non en tant que femme.</p>
<p>Messieurs, si vous saviez comme il est difficile parfois « d’être » tout simplement, lorsque nous sommes à vos côtés. Combien il est difficile de s’extraire des codes et des attendus. Combien il est difficile même de vous aimer en toute légèreté…</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>VAM</p>
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